CLAUDE LÉVÊQUE – Domaine Royal de Randan

Du 16/06/2016 au 02/10/2016

Domaine Royal de Randan- Place AdÉlaïde d'OrlÉans- 63310 Randan

Claude Lévêque (né en 1953) est l’un des artistes français les plus renommés au niveau international. Il a notamment représenté la France lors de la 53ème Biennale d’art de Venise en 2009 et a réalisé une œuvre monumentale pour la Pyramide du Louvre en 2014. Cette exposition conçue par le FRAC Auvergne au Domaine Royal de Randan s’inscrit dans le cadre du FITE (Festival International des Textiles Extraordinaires).
Cette installation, intitulée Novicio en la Noche (« Le novice dans la nuit »), a été créée en 2003 à l’’occasion de la participation de l’’artiste à la 8ème Biennale d’Art Contemporain de La Havane, à l’intérieur de deux cellules contiguës du Fortaleza San Carlos de La Cabana, ancien lieu d’incarcération politique. Sous deux voûtes traversées par un couloir, une quinzaine de parapluies de dentelle noire suspendus au plafond et prolongés par une ampoule rouge parcouraient le lieu. Chaque ouverture du lieu, fenêtres et portes, comportait une ampoule similaire, pendue de manière à contraindre le déplacement du spectateur. L’’ensemble était mis en mouvement par le souffle de quinze ventilateurs répartis dans l’’espace.
Réactivé pour le FRAC Auvergne qui en a fait l’’acquisition en 2005 pour sa collection, cet environnement constitue un parcours initiatique en même temps qu’une mise en abîme des sensations d’enfermement vécues par les détenus, privés de tout repère sensoriel. Entre l’’atmosphère rouge distillée par la luminescence des ampoules, le léger flottement des parapluies et l’’angoisse impalpable véhiculée par la noirceur de la dentelle, Novicio en la Noche est un véritable caisson sensoriel. Élément récurrent dans la plupart des œuvres de Claude Lévêque, la notion d’isolement physique et sensoriel est aussi étroitement liée au principe de rupture  territoriale. Pénétrer dans un espace conçu par Claude Lévêque consiste en effet à quitter un territoire connu, celui du réel, des distances perceptibles,de l’acoustique familière, de l’orientation et de l’équilibre naturels, pour une dimension vacillante, un entre-monde fait d’attracteurs étranges au sein duquel le sens s’étiole en même temps que s’évaporent les repères physiques communs.
Le rouge, dans cette œuvre, indique à la fois le changement d’’espace et le changement d’univers. Les filtres rouges disposés sur toutes les vitres et les ampoules suspendues plombent littéralement l’espace, ou, plus exactement, opèrent comme un agent épaississant sur l’air lui-même. Le balancement des parapluies noirs, le mouvement rotatif des ventilateurs et leur bourdonnement sourd plongent autant le spectateur dans un environnement matriciel et protecteur qu’ils l’immergent dans une intimité angoissante. Certains spectateurs
éprouveront un sentiment d’émerveillement onirique dans cet espace, d’’autres au contraire percevront la dimension tragique du lieu…

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