Jeanne VICERIAL

Née en France en 1985 - Vit à Bruxelles

Née en 1991, Jeanne Vicérial vit et travaille à Paris. Elle fait des études de costumière puis un Master en Design vêtement à l’École des Arts Décoratifs de Paris en 2015. Elle soutient sa thèse de doctorat SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche) en 2019 et est pensionnaire à l’Académie de France à Rome – Villa Médicis en 2019-2020. Ses pièces ont notamment été exposées au Palais de Tokyo (Paris, 2018), à la Collection Lambert en Avignon (2021) et ont intégré la collection du Cnap (Centre national des arts plastiques). Elle est représentée par la galerie Templon.

Jeanne Vicérial se présente comme « artisan », davantage que comme « artiste ». Son travail oscille entre l’expérimentation et la théorisation, en intégrant à la fois une part de hasard et d’intuition et une technicité maîtrisée dans le savoir-faire. Entre design industriel et sculpture plasticienne, sa pratique dépasse les frontières et les normes établies par les disciplines, et allie un intérêt pour la mécatronique (combinaison de mécanique, d’électronique et d’informatique) à l’étude anatomique. Son projet global de « Clinique vestimentaire » est un espace de recherche et de création, rassemblant des domaines de réflexion et des corps de métiers très pluriels. Le terme même de « clinique » accorde à la notion de « soin » un rôle majeur dans le rapport du vêtement au corps et du corps au vêtement. Penser le vêtement revient pour Jeanne Vicérial à « panser » le vêtement et à interroger le rôle de l’industrie textile qui est la deuxième industrie la plus polluante du monde. Dans la droite lignée du manifeste antifashion de Liewij Elkoort, présentant le monde de la mode comme étant malade, Jeanne Vicérial montre comment les corps se modifient avec violence dans le but précis de répondre aux tailles standardisées de la fast-fashion et du prêt-à-porter.

Face à ces constats, Jeanne Vicérial souhaite replacer l’individu littéralement au centre du vêtement, lequel s’adapte au premier, et non l’inverse. Elle dépose le brevet d’invention de sa technique de tricotissage, technique de tissage qui prend pour modèle le processus de production organique des fibres musculaires. Par biomimétie, l’artiste travaille à l’aide d’un monofilament pour créer des fibres ajustables, réglables au corps qu’elles dissocient de toute forme de « norme ». Le principe de fabrication est également écoresponsable puisqu’il se situe dans une économie du fil, utilisant un fil unique, selon la règle du zéro perte. En partenariat avec le département de mécatronique de l’Ecole des Mines, Jeanne Vicérial a breveté un procédé robotique permettant d’accélérer la fabrication des vêtements sur mesure. L’idée étant, avec cette technique, d’introduire à l’échelle semi-industrielle un sur mesure respectueux des unicités de corps de chacun•e.

La pièce de la collection du Frac Auvergne est issue de la série des « armors », armures anatomiques noires reprenant notamment des costumes folkloriques de différentes cultures du monde. Jeanne Vicérial y associe plusieurs typologies de fils (allant de la finesse d’un cheveux à l’épaisseur d’une drisse de bateau) et différentes techniques (tricotissage, plissé). Le vêtement est organique : il prolonge directement le corps. Il est aussi pachyderme, carapace protectrice qui n’affirme pas, qui de l’artifice ou de la nature a raison.

Elora Weill-Engerer