Sylvain ROCHE

Né en 1983 en France. Vit à Paris, France.

Une peinture dont le sujet est elle-même. En un sens la peinture est l’image. Les formats sont modestes, parfois une simple feuille, une manière d’aborder avec humilité la peinture et conscient de son inépuisable tradition. Une peinture d’atelier, nourrie des peintures existantes et celles en devenir. La surface peinte est au cœur de la démarche, entre genèse et aboutissement. Cette « boue » par un agencement de plans prend la forme d’un oiseau que le réel ignore. Une insignifiance recherchée. Seules restent la surface et la couleur, la quintessence de la peinture. Le regardeur finit l’image et s’en fait sa propre rhétorique, sensible si possible. Une sérendipité de la couleur. Une peinture en fragment, chaque peinture est un fait, résultat d’un faire. L’acte de peindre pris comme une expérience, trouver un chemin et le quitter. S’arrêter sur un détail, voir la forme et à côté, un va-et-vient entre le dedans et dehors. Un vocabulaire abstrait pour rendre visible une sensation d’un moment, un regard. Une posture immobile et silencieuse qui tend vers l’apparition d’un lointain, si proche soit-il.

Sylvain Roche

 

 

J’ai découvert la peinture de Sylvain Roche en participant au jury de son diplôme de fin d’études à l’École Supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne en 2008 ou 2099. Sa peinture, à ce moment là, était déjà particulièrement intéressante mais exclusivement abstraite, tournée vers des références encore très prégnantes comme celles de Raoul de Keyser, Günter Förg, Ernst Caramelle… Plus de dix ans après, sa peinture est toujours abstraite, mais avec des oiseaux… démontrant le caractère parfaitement inopérant de ce type de classification. Une peinture abstraite mais non abstraite, donc. Une peinture abstraite mais une peinture sensible. Sylvain Roche m’expliquait, dans son atelier de Pantin, qu’il avait commencé à peindre des aquarelles d’oiseaux pour séduire une femme. « Je n’ai pas eu la femme mais j’ai gardé les oiseaux », précisa-t-il en riant, soulignant que les oiseaux lui avaient finalement été salutaires pour éloigner les influences trop vivaces des peintres , contemporains, modernes ou classiques, pour les assimiler d’une façon différente que par la citation. Ces peintures, toujours de formats modestes, montrent à la fois la maîtrise et la spontanéité, la culture historique et la légèreté, la pensée critique et la poésie. Elles sont incontestablement belles, elles touchent l’œil aguerri du spécialiste comme celui, néophyte, du novice.

Jean-Charles Vergne