Charles POLLOCK

Né en 1902 aux États-Unis. Décédé à Paris en 1988.

« La couleur – la résonance de la couleur, et la tension et le flux de cette résonance – et la luminosité, voilà par quoi le dialogue est possible entre le peintre et son monde »

Charles Pollock

 

Cette peinture appartient aux séries réalisées dans le Michigan puis à New York à la fin des années 1960 grâce auxquelles se révèlent pleinement les talents de grand coloriste de Charles Pollock. À la retraite de sa carrière de professeur il peut désormais s’adonner librement et tout entier à la peinture. Les deux années sabbatiques qu’il a prises – l’une au Mexique, en 1955-56, et l’autre à Rome, en 1962-63 – ont galvanisé sa pratique artistique. Plein d’espoir, il rêve d’un retour à New York, où il a toujours des amis précieux, dont Jules Olitski, Barnett Newman et Robert Motherwell. Un an plus tôt, il a reçu une bourse Guggenheim, et ses expositions récentes ont connu un certain succès. Il prend ses quartiers dans un très grand atelier situé au 222 Bowery, un lieu iconique fréquenté par des artistes prestigieux, de Fernand Léger à William S. Burroughs – Mark Rothko y a peint les Seagram Murals. Si l’atelier est assez sombre, Charles Pollock n’y conçoit pas moins la série New York, une cinquantaine de toiles lumineuses, lyriques et atmosphériques, qui le font entrer résolument dans le mouvement du Color Field. En 1971, Charles Pollock quitte New York pour Paris, où il passe les dix-sept dernières années de sa vie. Ces œuvres stockées durant une trentaine d’années dans un entrepôt de Harlem (New York) ont pour la première fois été montrées en France par la Galerie ETC grâce au travail d’inventaire et de restauration entrepris par sa veuve et par sa fille.

L’œuvre portant le numéro 100 au catalogue raisonné de l’artiste est sous-titrée «Stack» («empilement»). Elle appartient à une série consacrée à la superposition sensible de zones picturales colorées, «empilées» les unes sur les autres, formant ainsi des colonnes en déséquilibre où les strates de couleurs s’agencent dans un ordre particulier et selon des épaisseurs variables. Tout est réglé selon une rythmique spécifique qui n’a rien de minimaliste. Au contraire, la pulvérulence des aplats, leur opacité relative, les nuances de leurs intensités, les débords légers, les imprégnations de la toile où les teintes se mêlent par capillarité en d’infimes franges chromatiques qui confèrent à l’ensemble tremblements et délicatesse.