Loïc-Yukito NAKAMURA

Né en 1990 au Japon. Vit à Saint-Etienne

Loïc-Yukito Nakamura traduit dans ses toiles les projections d’un phénomène physiologique invisible de prime abord, ou bien « uniquement perceptible par l’œil attentif ». Il en révèle une organisation formelle, se laissant guider par les informations, ou des rugosités déjà présentes sur les surfaces tendues. Guidé par ces stimulus extérieurs, il peint en fixant son regard en un point de la toile des formes qui peuvent évoquer « un algorithme » selon lui, ou bien une vibration représentée en mode fixe sur une planéité. Le tableau est modelé avec l’apport de multiples sources d’éclairages. Le résultat est telle « une divagation de l’esprit. C’est la réalité de notre physiologie, de notre organicité, de nos yeux et de notre regard qui est questionnée. »

Selon Loïc–Yukito Nakamura, ces peintures ne sont pas sans évoquer le syndrome décrit par le naturaliste suisse Charles Bonnet (1720-1793), consistant en des hallucinations visuelles, visions fantômes, images irréelles qui peuvent être causées par une forme de cécité et où les interprétations inhabituelles des stimuli extérieurs sont questionnées. Loïc–Yukito Nakamura a commencé par exceller en dessin d’observation, lié à sa passion pour l’entomologie. Il dessine tous les stades de l’évolution biologique des insectes, depuis le stade larvaire à la transparence particulière des chairs et des membranes, à la chrysalide et son éclosion. La peinture, réalisée en parallèle, existe d’abord sur bois laqué. Peu à peu la laque passe plutôt à l’avant du tableau, consistant en d’infinies couches de glacis. La transparence affichée, le côté glacé notamment pour Nataraja, donne une profondeur aux vibrations développées au fond du tableau, presque au lointain. La palette, au ton unique pour chaque peinture (bleu violacé pour Nataraja, vert-jaune pour Donc ? et rose pour Biffure), insiste sur le côté diaphane et impermanent. Procédant par soustraction ou effacement (White Spirit), ou par apposition de jus de pigment ou de glacis, il semble que le geste soit presque similaire, donnant une impression de peau, de fine membrane. L’organicité rappelée par l’artiste est présente dans la chair même de la peinture : il porte son dévolu sur des toiles de lin usitées, de seconde main, ayant donc une seconde vie, et sur une colle de peau de lapin, texture particulière pour obtenir le pigment blanc préparatoire. Produites la plupart du temps la nuit, à l’abri de toute lumière naturelle, les peintures émanent tout autant de phases d’observation et de contemplation que de production, leur donnant un aspect irréel, convoqué plus haut par la métaphore du syndrome Charles Bonnet. Les titres donnés émanent des accidents de la toile (Biffure), d’un mouvement aperçu dans la toile (Nataraja, en référence au roi de la danse dans la mythologie hindoue), ou de questionnements internes à sa production (Donc ?).

Aurélie Voltz