Francis MORANDINI

Né en France en 1982, vit et travaille à Paris

A propos de Toucher :

Les images de Francis Morandini sont si simples qu’elles pourraient sembler appartenir au domaine de la photographie amateure. En ceci, le compte Instagram de l’artiste est particulièrement édifiant dans les centaines d’images qu’il propose de prairies et de sentiers forestiers, de fleuves et de ruisseaux, d’arbres et de fleurs, de chevaux ou de vaches, d’étendues maritimes ou de criques, sans jamais tenter d’arranger le réel ni de l’habiller du moindre effet destiné à en augmenter artificiellement la poésie. Ses photographies montrent des instants de beauté simple, des agencements naturels caressant la grandeur du monde et de son humanité toujours disposée à en recevoir les émanations les plus immédiates. Un soleil couchant sur une plage de sable fin, un bosquet de marguerites aperçu au détour d’un chemin, un alignement d’arbres dans une contre-allée, sont à considérer comme les merveilles se livrant d’elles-mêmes pour peu que le regard adopte l’angle requis et accorde à la simplicité de ces éclats ténus la valeur d’une parfaite harmonie. Francis Morandini ralentit le temps, resserre les espaces, épanche le peu en de délicats ruissellements d’élégance, de magnificence et de clarté tout en acceptant la candeur et la modestie, l’humilité et l’innocence.

Toucher fut réalisée sur le vif, au Jardin des Plantes à Paris, durant la période éphémère de floraison des cerisiers chargés d’épais bouquets parfumés que le vent a déjà commencé à éparpiller au sol. Une épouse guide la main de son mari aveugle vers les fleurs, lui décrivant sans doute la couleur et l’agencement en amas compacts de ce qu’il ne peut voir mais dont il perçoit les effluves avec une acuité à laquelle elle ne peut accéder. Nous ignorons si l’homme est aveugle de naissance, s’il a perdu la vue, ou s’il est malvoyant et ne saurons donc jamais rien de l’expérience précisément vécue dans cet instant que le photographe a choisi de partager avec nous. Le couple est âgé et l’on suppose – l’on voudrait imaginer –, qu’ils aient partagé de nombreuses années, que ce moment de délicatesse leur soit familier, quotidien, et l’on est touché par ce toucher de la main sur l’autre main, touché par le toucher qui révèle la forme de la fleur sur la pulpe des doigts de l’homme. Ce qui touche relève autant de l’attention et de l’amour de ce couple que de sa position, devant le tronc de l’arbre, qui fait se joindre la lumière des fleurs et leurs ombres sur le sol. Du toucher de la main sur la floraison au toucher du déclencheur de l’appareil photographique, du toucher tactile des doigts au toucher poétique à l’adresse du regardeur (qui fut en premier lieu le photographe lui-même), nous sommes conviés à participer à la circulation du sensible dans cette image révélée un jour de printemps, une image que peut-être la femme a pu voir et qu’elle aura peut-être pu dévoiler à son époux.

Jean-Charles Vergne