Rinko KAWAUCHI

Née en 1972 au Japon. Vit à Tokyo.

Avec “The River Embraced Me”, d’où sont extraites ces quatre photographies, Rinko Kawauchi dévoile une série de quarante photographies réalisées dans les environs de Kumamoto une ville du sud du Japon. L’originalité du projet réside dans le fait qu’elle ait demandé à des habitants de la région de lui révéler un endroit particulièrement important pour eux, un endroit de mémoire, chargé de souvenirs. Kawauchi s’est alors rendue à ces endroits, attendant le bon moment voire la bonne saison, et a photographié ce qu’elle voyait en relation à l’histoire qui lui avait été confiée. Ce travail basé sur la collaboration, sur l’échange et la confiance souligne le caractère profondément généreux qui caractérise le travail de Kawauchi.

La pratique de Kawauchi est ancrée dans une vision transversale du réel ; elle capte la banalité du quotidien et la transpose en une poésie de l’ordinaire qui célèbre la beauté du monde. La nature est omniprésente – respectant ainsi une vision shintoïste du monde – mais est parfois malmenée ; le cadrage choisi, l’intensité lumineuse ou au contraire la profonde obscurité perturbent par moments la lecture aisée de l’image. Kawauchi s’attache à révéler la délicatesse et l’impermanence du monde, à observer les cycles du vivant, à percevoir les phénomènes naturels comme métaphores des émotions humaines tout en se méfiant des clichés et des stéréotypes de ce qu’est une “bonne image photographique”. La notion d’espace est cruciale dans son travail. Dans ce cas-ci, un espace riche en histoires mais qui convoque également l’esthétique japonaise ; il n’est pas étonnant de retrouver la source, la chute d’eau, la rivière, le lac, la montagne, l’arbre, le sous-bois, le lieu sacré, l’organisation urbaine, le ciel. De même, le souci du détail est prépondérant ; il produit un sentiment ambigu d’intimité et de proximité au sujet photographié.

L’enjeu, dans le travail de Kawauchi, est moins de dévoiler les possibilités de la technique photographique que de créer des images poétiques issues de sujets intimes. En cela, son travail exprime parfaitement le mono no aware, ce concept esthétique et conceptuel japonais qui peut être traduit par l’ “émouvante intimité des choses”.

Rinko Kawauchi a exposé au Contemporary Art Museum (Kumamoto, Japon,2016), à la Kunst Haus (Vienne, Autriche, 2015), au Fotomuseum (Anvers, Belgique, 2014), au Minneapolis Institute of Arts (Minneapolis, USA, 2014), au Lesley University College of Art and Design (Cambridge, USA, 2014) et au Tokyo Metropolitan Museum of Photography (Tokyo, Japon, 2012). Son travail fut également montré dans de nombreuses expositions de groupes dont certaines au Museum of Fine Arts, Boston ; à la Fondation Cartier, Paris ; à la Haus der Kunst (Munich) ; au Jeu de Paume (Paris) ; au San Francisco Museum of Modern Art et aux Rencontres d’Arles entre autres.