Vincent DULOM

Né en France en 1965 - Vit à Paris

La pulsation lente d’un iris sans pupille porte l’enlacement de dix images, sans que jamais ne soit perceptible le passage de l’une à l’autre. Nébuleuse chromatique privée de sa pupille noire, cet œil est un pupille, iris orphelin de son obscur noyau abyssal. Pupille : le passage du féminin (le diaphragme de l’œil) au masculin (la perte orpheline) vibre de l’incertitude de la forme elle-même. S’agit-il d’une nébuleuse diffusant son nuage de particules gazeuses ; est-ce un halo dont l’auréole lumineuse s’épancherait autour d’un corps invisible ? Le film engendre un trouble, son rayonnement diffus substitue à la vision claire la brume hypnotique d’un phénomène céleste. Les embrasements et les aveuglements, les éclipses et les taches astrales, les phosphènes parasites à la périphérie, impulsent une vision écarquillée. Les yeux ne savent plus voir et se délectent d’une cécité de transition où formes et couleurs se mêlent dans un imperceptible mouvement de giration et d’expansion.

Le film égrène ses vingt-quatre images par seconde mais il est structuré selon une durée obéissant à vingt-quatre secondes par image. Dix images se succèdent dans une lente apparition de vingt-quatre secondes, la persistance rétinienne atteint son paroxysme : la durée n’est plus celle, commune, d’un phénomène terrestre mais résonne avec le temps cosmique et l’étirement incommensurable des dilatations galactiques. C’est le soleil que nous voyons, ou bien le spectre auroral d’éclats venus des confins. C’est le rayonnement d’une étoile peut-être déjà morte qui nous parvient à des années-lumière. Le film de Vincent Dulom exerce une irrésistible fascination, un charme dont le faisceau lumineux se noue aux fondements hypnotiques du cinéma, focalisant sur l’œil mesmérisé une source lumineuse contemplative happant le spectateur dans une immersion subjuguée.

Jean-Charles Vergne