Samira AHMADI GHOTBI

Née en Iran en 1985 - Vit à Paris

Née en 1985 à Mashhad en Iran, Samira Ahmadi Ghotbi étudie la peinture à la Faculté d’Art et d’Architecture de Téhéran puis obtient son DNSEP à l’Ecole Supérieure d’art de Clermont-Métropole en 2015. Elle est lauréate de la commission Arts Visuels de la Cité internationale des arts en 2018 et 2018. Elle a notamment présenté son travail au Salon de Montrouge, aux Laboratoires d’Aubervilliers et au centre d’art le Parc Saint Léger.

Samira Ahmadi Ghotbi pratique le dessin, la peinture, la vidéo, l’écriture, la performance de telle manière que chaque médium englobe tous les autres. Les deux oeuvres sur papier de la collection du Frac Auvergne n’échappent pas à cette considération : la pratique du dessin inclut ici un rapport au corps, au texte et au récit. À la mine graphite taillée ultra finement en tête d’aiguille, l’artiste dépose la matière en effleurant à peine le support, comme pour ne pas le blesser. Le travail est extrêmement méticuleux, il demande un temps long (entre trois semaines et un mois pour un dessin) et une concentration totale. Pendant cette opération, le visage de l’artiste est au plus près du dessin, le regard presque au niveau de la main, comme si l’un et l’autre ne faisaient qu’un. La feuille de papier se remplit de graphite juste sous les yeux de l’artiste, petit à petit, et accède à une vision globale sur la durée. Samira Ahmadi Ghotbi ne voit donc pas ce qu’elle dessine, elle le découvre en s’éloignant. Autrement dit, la relation de l’artiste au dessin est changée : c’est la ligne qui dirige la main, et non l’inverse. En miroir, cette distance de l’artiste au dessin se reflète dans la technique comme dans le sujet : la marche, la superficie, l’écart entre les individus sont contenus dans ce que le graphite fait au papier (ou dans ce que le papier fait au graphite). Il en va d’un travail sur la relation entre les êtres et entre les choses : la caresse, la fatigue, la résistance sont latentes. Samira Ahmadi Ghotbi parle d’un « trait nomade », suggérant qu’étudier le parcours de la ligne dans l’espace reviendrait à saisir la migration de l’individu d’un territoire à l’autre. Il s’agit donc d’une œuvre en mouvement, qui se construit par de minuscules séquences, comme un récit ou un film. Peut-être dans un héritage des miniatures persanes ou dans un rapport plus large à l’artisanat en général, la minutie du trait confère une dimension précieuse au dessin. Le gris clair du crayon ne crée qu’un léger contraste avec le papier et livre une image fanée, comme une photographie qui blanchit avec le temps. C’est un petit motif qui se répète, sorte de génome invisible et insécable inscrit dans toutes les parties de l’individu. On peut y lire l’attention de l’artiste aux thématiques du souvenir, de la mémoire, de la micro-histoire. Le dessin de 2016 évoque une silhouette d’arbre avec des trouées de lumière entre les feuilles. Celui de 2020 reprend une forme comparable, bien que plus pleine et abstraite, laissant toujours au support une part de réserve. La continuité, établie très clairement entre ces deux dessins à quatre années d’écart, suppose que l’artiste ne fait pas de réelle distinction dans sa pratique entre le microcosme et le macrocosme, l’histoire collective et l’histoire personnelle, l’abstraction et la figuration. Les ramifications de ces formes erratiques sont sans profondeur (pas de premier ou de second plan) : elles se déploient à l’horizontal, comme un rhizome.

Elora Weill-Engerer