Expositions monographiques
CLÉMENT COGITORE RESTE L'AIR ET LES FORMES...

Reste l’air et les formes...
Depuis ses études à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg puis au Fresnoy-Studio national des arts contemporains, Clément Cogitore (né en 1983) élabore une oeuvre singulière et splendide de sensibilité et de liberté dans la façon dont il utilise les différents langages offerts par le genre cinématographique pour développer une pensée en apparence très ouverte sur de multiples sujets mais toujours tenue en réalité par quelques grandes questions que l’artiste explore au fil de ses créations. Ses films traversent toutes les techniques et toutes les catégories pour fonder une oeuvre polymorphe simultanément enracinée dans le cinéma et dans une somme de pratiques liées aux dispositifs propres à l’art contemporain. En 2015, Ni le ciel, ni la terre, son premier long-métrage, fut largement salué par une nomination pour le César du meilleur premier film et par plusieurs nominations au Festival de Cannes. Conjointement, ses vidéos, installations, photographies, sont présentes dans les lieux dédiés à la création contemporaine – Palais de Tokyo, Centre Georges Pompidou, MoMa New York et récemment au BAL, à Paris, où son film Braguino ou la communauté impossible (2017) a fait l’objet d’une transposition sous la forme d’une vaste installation multi-écrans d’une grande beauté, avant sa sortie en salles de cinéma et sa diffusion sur la chaîne Arte.
Sur le fond, les films de Clément Cogitore semblent parcourus par une grande hétérogénéité de sujets : disparitions étranges de soldats français en Afghanistan dans Ni le ciel, ni la terre, conflit entre deux familles installées en communauté autarcique aux confins de la Sibérie dans Braguino, installation vidéo consacrée aux phénomènes d’aurores boréales dans L’Intervalle de résonance (2016), histoire d’un couple vivant reclus dans un appartement de Moscou entouré d’une mystérieuse collection d’oeuvres de la Renaissance dans Bielutine (2011), situation d’un jeune clandestin tentant de rejoindre l’Angleterre dans Parmi nous (2011)... Les deux films réalisés en 2017, acquis par la collection du FRAC Auvergne et présentés dans cette exposition, semblent obéir à une semblable volonté d’échapper à toute forme d’unité générale. Sans titre (Lascaux), film 16mm de 46 secondes, donne à voir un lâcher de papillons dans la grotte de Lascaux alors que Les Indes Galantes montre une troupe de danseurs filmés sur la scène de l’Opéra Bastille sur une musique composée au 18e siècle par Jean-Philippe Rameau. Bien que rien ne semble pouvoir réunir l’ensemble de ces productions, l’univers de Clément Cogitore est pourtant habité par la récurrence de thèmes dont l’exploration sous des angles et à des degrés divers sert de fondation à sa pensée : perception du monde et d’une réalité sans cesse parcourue d’irrationnel, permanence de schémas archaïques au sein de la contemporanéité, animalité, chamanisme, primitivité, survivance du sacré, percolation du magique dans un monde de moins en moins habité par la transcendance...

exposition du 17 mars au 17 juin 2018