Xavier ZIMMERMANN

Né en France en 1966 - Vit en France

En quelques années, l’œuvre de Xavier Zimmermann a connu une évolution très significative. Il s’était fait reconnaître en 1994 par une série de photographies noir et blanc représentant des façades de pavillons de banlieue prises de nuit à l’insu de leurs occupants, endormis ou absents. Ces façades, violemment éclairées, constituaient l’un des points de départ de l’œuvre en devenir, principalement axée sur une recherche liée aux notions d’écran, de seuil, de délimitation ou de lisière entre différents espaces. Les années suivantes, le travail s’est véritablement focalisé sur ces sujets, passant parfois par la réalisation de photographies objectivistes et dénuées de tout affect. Ponts autoroutiers de la série Rome en 1994, Rives du Saint-Laurent au Québec en 1997, série des Assemblées en 1996-1998, Portail Royal de la cathédrale de Chartres et série Panoptique en 1999 se suivent avec la remarquable cohérence d’une pensée à l’œuvre, suivant une ligne directrice précise, assemblant peu à peu les éléments d’un corpus dont l’orientation, dès 1999, va s’infléchir en délaissant la part objectiviste pour s’attacher à la sublimation du réel, sans pour autant déroger à l’objet initial de son étude. La série des Feuillages, conçue en 1999 et acquise par le FRAC Alsace, est à ce titre une articulation majeure dans l’évolution de l’œuvre de Xavier Zimmermann, par l’irruption d’une sensibilité assumée, comme si les œuvres antérieures avaient été conçues sous un contrôle ferme tentant de contenir au maximum toute poétique. La série des souks réalisée en 2001 à l’occasion d’une résidence en Syrie n’a fait qu’amplifier cette évolution, et c’est en 2002 que la photographie de Xavier Zimmermann trouve véritablement sa pleine puissance, avec les séries des Paysages français, regroupant de magnifiques vues paysagères au sein desquelles de vastes ciels monochromatiques surplombent d’étroites bandes de territoires ruraux à la lisière des villes.
En 2004 est entamée la série des Paysages ordinaires qui, par sa beauté, sa spontanéité, sa liberté et son extrême délicatesse inscrit l’œuvre de Xavier Zimmermann aux côtés de celle d’Eric Poitevin ou, plus encore, de Jean-Luc Mylaine. Avec ce dernier, les Paysages ordinaires entretiennent une connivence certaine en raison d’une intonation poétique fort semblable, en marge de toute école. Les Paysages ordinaires fonctionnent sur un principe dichotomique de netteté effectuée sur une touffe d’herbes, de paille, un amas de branches ou de brindilles, situé au premier plan d’une étendue floue, ou inversement. L’intelligence de ces photographies est de parvenir à magnifier un élément d’une banalité confondante, à sublimer une brindille, un jeune sapin, une fougère, sans jamais pour autant tomber dans la préciosité ou dans une quelconque coquetterie esthétisante.
Le grand Paysage ordinaire n°14 acquis par le FRAC Auvergne en 2005 possède quant à lui quelques particularités qui, d’une certaine manière, le marginalisent par rapport à la majeure partie de la série. Techniquement, tout d’abord, la photographie est une énigme en soi, parvenant à simuler une impossible mise au point simultanée sur les brins d’herbes du premier plan et le petit pan de végétation jaune situé à droite, à l’arrière plan. Et l’on ne peut empêcher le souvenir du petit pan de mur jaune de la Vue de Delft de Vermeer si cher à Proust de surgir à la vue du paysage de Xavier Zimmerman, constituant, à l’instar du maître flamand, le mystère par lequel infuse la dimension poétique de l’œuvre. Il y a aussi ce ciel improbable, cotonneux plus que brumeux, recouvrant la cime des arbres, à l’orée d’une forêt presque fantomatique. Enfin, le retour du regard au premier plan, celui de l’herbe, révèle l’étrange transparence de certains brins, la tendresse du vert, la souplesse végétale que l’on imagine pouvoir toucher, les parfums que l’on se surprend à vouloir humer et, surtout, le surgissement de souvenirs et de sensations propres à chacun.
L’expérience de cette photographie et des autres vues de la même série est celle d’une contamination du regard et de l’esprit tant elles modifient notre propre perception de la déambulation, de la traversée du paysage, de l’observation d’une étendue, d’une lisière, d’une simple fougère. Ne cherchant d’aucune façon à embellir les choses en les arrangeant, préservant une objectivité maximale dans leur manière de pointer une simplicité à laquelle, sans doute, nous échappons la plupart du temps, elles ont la même sincérité que l’écriture poétique d’un Francis Ponge (voir notamment Le Carnet du Bois de Pins et participent d’une quête équivalente.

Jean-Charles Vergne