Sandra VÁSQUEZ DE LA HORRA

Née au Chili en 1957 - Vit en Allemagne

Les dessins au crayon recouverts d’une fine couche de cire transparente de Sandra Vásquez de la Horra sont éminemment personnels tout en se référant à l’histoire de son pays natal, le Chili, à la religion, à la sexualité, aux mythes, aux réalités sociales, à la culture populaire, ou à la mort. Le spectateur est happé dans un univers peuplé de créatures fantastiques, taraudées par des préoccupations charnelles et psychologiques. Parfois, le titre, espagnol, anglais ou allemand, est écrit en grosses lettres et incorporé au dessin lui-même. Par cette fusion du mot et de l’image, ses œuvres graphiques s’apparentent à la poésie visuelle. El Sueño de Salomón («Le songe de Salomon») est sans doute la maison la plus complexe que l’artiste ait réalisée. Comme la plupart des œuvres de Sandra Vásquez de la Horra, il s’agit d’une pièce autobiographique dans laquelle se croisent les notions de maison comme corps et comme allégorie de l’intériorité (la maison abrite un cerveau, visible en arrière plan sur les deux faces). Les deux femmes représentées sur l’une des faces sont l’artiste et sa sœur Clara, dans une référence explicite à la célèbre peinture du XVIe siècle représentant Gabrielle d’Estrée et sa sœur. Sur l’autre face, une femme dirige une marionnette figurant un bébé, dans une double évocation symbolique à la maternité, à l’inconscient mais aussi à la mort. Les deux faces situées aux extrémités de l’œuvre sont quant à elles identifiées par l’artiste comme les représentations des terrasses des jardins de Babylone. Le titre de l’œuvre renvoie au passage biblique relatant le rêve du roi Salomon, troisième roi d’Israël, au cours duquel Dieu lui apparaît et lui offre la sagesse. La thèse freudienne qui a fondé la psychanalyse est de voir dans le rêve l’expression des désirs profonds de l’individu, les désirs qu’il ne peut pas formuler consciemment. Et ce rêve de Salomon porte expressément sur le désir, puisque le rêve s’ouvre sur cette proposition de Dieu : « Demande-moi quelque chose et je te le donnerai ! », en d’autres termes : « Que désires-tu, je te le donnerai ! » Le songe de Salomon agit comme un révélateur de son désir. El Fuego de las Entrañas («Le feu des entrailles»), La donna é Mobile («La femme est mobile»), Amor y la Peste («L’amour et la mort») ainsi que les cinq autres dessins appartenant au Centre National des Arts Plastiques, récemment confiés au FRAC Auvergne, complètent cette œuvre majeure autour des grands thèmes de prédilection de l’artiste chilienne – maternité, féminité, mortalité – les deux derniers dessins étant des autoportraits.