Bruno SERRALONGUE

Né en France en 1968 – Vit en France

Bruno Serralongue se définit comme un artiste qui utilise la photographie bien plus que comme un photographe – quoique la séparation qui pourrait être faite entre les deux champs est un peu douteuse théoriquement. Pour préciser, on pourrait dire que les questionnements propres au médium photographique ne l’intéressent pas – bien qu’il utilise une chambre photographique pour prendre ses clichés – et que la photographie n’est, pour lui, qu’un médium permettant de développer son projet et que celle-ci lui apparaît comme la plus pertinente actuellement.

La particularité de la pratique de Bruno Serralongue est qu’elle peut emprunter au reportage ou au documentaire dans une photographie qui refuse volontairement les effets esthétiques. Il se considère comme un opérateur exécutant une « commande » – qu’il se fait lui-même – et, en tant que tel, produit une mise en retrait de l’auteur et du style1. Il a d’ailleurs poussé cette logique à bout dans les photographies de lieux de faits divers relatés par Nice-Matin ou en se faisant embaucher comme simple photographe de terrain pour Corse-Matin dans le cadre d’une commande du FRAC Corse. Ses photographies peuvent, donc, ressembler à des photographies de presse mais cette dernière n’en est pas le centre ainsi que lui-même l’affirme : « La photographie de journalisme n’a jamais été un modèle pour moi. Je la considère comme un texte, et pas du tout comme un modèle esthétique. La seule chose qui m’intéresserait peut-être, c’est qu’elle ne comporte pas a priori d’esthétique – de même que l’anonymat de son auteur. Je propose une autre actualité. J’opère une sorte de réappropriation de l’information, parce qu’il n’y a aucune raison qu’elle soit aux mains des professionnels. L’information appartient à tous ceux qui souhaitent se l’accaparer, la maîtriser, même si c’est plus difficile à titre individuel2 ».

Le point de départ de Bruno Serralongue est, donc, l’information : « Ma méthode consiste à partir des informations publiées et diffusées dans les journaux – qu’ils soient papiers, Internet, télévisés et radiophoniques. On pourrait faire une analogie avec les agences de presse, du type AFP (Agence France Presse), qui réceptionnent et diffusent au quotidien des informations à l’attention des rédactions. Mon AFP à moi, ce sont tous les journaux accessibles par un lecteur/spectateur. Je n’ai donc pas accès aux informations brutes – les dépêches – mais à une information triée et sélectionnée par les rédactions. J’effectue à mon tour une sélection et, si une information se réfère à un événement – quelle que soit sa localisation géographique – qui va se dérouler et qui m’intéresse, je cherche à m’y rendre par mes propres moyens pour y réaliser des photographies3. » Il s’agit de partir d’une information ou d’une image médiatisée pour offrir un contrepoint, celui-ci s’effectuant, principalement, par la représentation de ce qui se produit en marge de l’événement ou de l’image médiatisée. Que ce soit au Chiapas, dans le sillage de la tournée de Johnny Hallyday à Las Vegas, lors de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine, le Kossovo, Florange… les photographies de Serralongue parlent de ces événements autant que de se qui se trouve hors-champs, ne semble pas nous informer directement.

Le FRAC Auvergne possède quatre photographies montrant des feux d’artifice, provenant de la donation effectuée par la collection Robelin en 2016. La première de 1994 qui appartient à la série « Les Fêtes ». Pendant trois mois, durant l’été 1994, Bruno Serralongue a parcouru le département des Alpes-Maritimes en suivant les différentes festivités qui avaient lieu dans les villes et villages de celui-ci, saisissant le mélange qui s’opère entre la fête traditionnelle et sa transformation en activité touristique. Les trois autres appartiennent à la série « Feu d’artifice, Sérandon ». Pour le 14 juillet 2000, un pique-nique géant avait été organisé dans toute la France et une commande avait été passée à 34 artistes pour qu’ils « couvrent » cet événement – l’ensemble devant ensuite être réuni dans un livre. La contribution de Bruno Serralongue a consisté à prendre des photographies des feux d’artifices qui suivirent le pique-nique lui-même. Dans les deux cas, la distance avec le sujet, le manque d’éclat du feu d’artifice – et, pour la première photographie, le fait que l’on ne voit que la fumée qui suit celui-ci – détruit la féérie pyrotechnique pour ne produire qu’une image figée et sans brio de l’événement qui doit émerveiller. Ces photographies ne sont ni une critique sociale, ni un mépris pour « l’événement », mais une saisie de ce qu’il est, simplement ce qu’il est, à la bonne distance, permettant de voir ce qui est à la fois symbolique et dérisoire – dans une lutte entre le symbolique et le dérisoire.

Éric Suchère

1- Voir Pascal Beausse, « Entretien avec Bruno Serralongue », dans Bruno Serralongue, Dijon, Les presses du réel/janvier, 2002.

2- Ibid.

3- Bruno Serralongue, Feux de camp, Paris, 2010, Jeu de Paume, p. 139.