Jean-Michel SANEJOUAND

Né en France en 1934 – Vit en France

Pourquoi Charge-objet ? Le sens du second mot est assez évident, il désigne que l’œuvre n’est ni une peinture, ni une sculpture, ni une installation. C’est, simplement, un objet. Dès ce signalement liminaire et minimal, on perçoit très bien la défiance que Sanejouand nourrit à l’égard des catégories artistiques. Là est le sens, ou plutôt le non-sens, du terme « Charge ». Le mot rappelle le vocabulaire militaire, dont est d’ailleurs également issue la notion d' »avant-garde ». La charge désigne, entre autres choses et tout à la fois, la quantité de poudre nécessaire au fonctionnement d’une arme à feu, l’attaque soudaine et massive d’un groupe militaire et la sonnerie du clairon qui accompagne cette attaque. Les « Objets » de Sanejouand sont donc portés à charge, destinés à charger tous ensemble les règles du bon goût, la beauté, les catégories des beaux-arts, la prégnance du discours, l’envahissement du « joli » (notamment au moyen du design)…
L’objet est en réalité constitué de deux objets accolés l’un à l’autre, l’un sur l’autre. Il s’agit de deux châssis rectangulaires, de dimensions différentes. Le plus petit est posé horizontalement au-dessus du plus grand, disposé verticalement. Celui du dessus est tendu de toile bleue environ aux deux tiers de sa hauteur. Celui de dessous est tendu de toile jaune, à un peu plus de la moitié de sa hauteur. Ainsi, dans les deux cas, la toile laisse apparaître une portion du châssis dans la partie inférieure. Une différence existe cependant dans ce mode de recouvrement : la toile bleue « entoure » le châssis de telle sorte que le verso de celui-ci est également recouvert, alors que la toile jaune est tendue de manière classique, uniquement sur le recto du châssis. Ce jeu de recouvrements différents souligne bien que ce que nous voyons là n’est pas de la peinture. Malgré la toile, malgré la couleur, ces objets ne sont pas des tableaux (ou pas seulement).

Pourquoi Accord de deux ? Sanejouand explique le titre et nous renseigne par là même sur le mode d’élaboration de ces peintures : « J’ai commencé par faire un tableau, et après l’avoir bien regardé je l’ai tourné contre le mur pour en commencer un deuxième. Chacun d’entre eux se suffisait à lui-même mais posés côte à côte ils n’en constituaient plus qu’un. J’ai récidivé plusieurs fois et ai baptisé ces ensembles Accords, Accords de deux, de trois, de quatre ». Apparemment, l’oeuvre est radicalement différente du Charge-objet, à tel point qu’elle ne semble pas être du même artiste. Cependant, peut-être Accord de deux traite t’il d’autre chose que de peinture, comme le Charge-objet était un moyen de faire de la peinture sans (avoir l’air d’) y toucher. La trace du pinceau est en effet utilisée comme un signe permettant de composer des unités de sens (figures récurrentes) visant elles-mêmes, en dernier ressort, à structurer l’espace qui les environne. Chez Sanejouand, objet et peinture sont donc avant tout l’occupation et la définition simultanées d’un espace.

Karim Ghaddab