Enrique RAMIREZ

Né au Chili en 1979 – Vit en France

C’est avec l’ambiguïté d’une fascinante beauté que se révèle au spectateur le film d’Enrique Ramirez, lauréat du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo en 2013. Il traite dans ses œuvres des grands mouvements d’exodes et d’exil. Trouvant une familiarité avec l’approche d’un artiste comme Alan Sekula, ses images sont souvent contemplatives et accordent une place importante à la représentation de paysages, d’océans, de plages, dans une vision qui ne se dépare jamais d’une double lecture géopolitique qui laissent souvent une place importante aux témoignages de protagonistes directement concernés par les événements évoqués par les œuvres. Pensé à partir de la mer, en hommage à son père qui fabriquait des voiles de bateaux sous la dictature militaire du général Pinochet (de 1973 à 1990), Pacifico livre une vision sublimée de l’océan, filmé en haute définition, dont le ralenti et la texture ne peuvent se départir d’une analogie avec un organisme respirant. La vidéo de deux minutes en boucle (qui en réalité correspond à une durée d’enregistrement de 25 minutes) a été tournée à 60 images par secondes afin d’obtenir une définition d’une remarquable précision, selon un angle de prise de vue de 75°, durant une fin d’après-midi hivernale depuis une falaise d’Antofagasta, au nord du Chili. L’océan y apparaît comme un organisme vivant, puissant, impénétrable. Mais, derrière l’époustouflante beauté des images et le mouvement hypnotique de ce vaste organisme qui n’est pas sans évoquer la densité sans cesse changeante de l’étrange planète du film Solaris d’Andreï Tarkovski, cet océan enferme les centaines de corps que le régime de Pinochet a fait disparaître, jetés à la mer depuis des hélicoptères, parfois encore vivants, lestés par des rails de chemin de fer. « Quand on mange du poisson dans mon pays, on se demande toujours s’il n’est pas nourri des corps qui ont été immergés. Cela peut paraître effrayant, mais c’est ainsi. Au Chili, la mer est aussi une mémoire », déclare-t-il, ajoutant que « la mer est le véritable tombeau du Chili. »