Joseph RAFFAEL

Né en 1933 aux États-Unis - Vit aux États-Unis

Joseph Raffael est peu connu en France bien qu’ayant été montré au Musée d’art moderne de Strasbourg en 2003 lors de l’exposition Hyperréalismes U.S.A. 1965-75. Après avoir étudié avec Joseph Albers, il peint, dans les années 1950, de grandes compositions abstraites inspirées par les fleurs et les paysages italiens. Après une grave maladie, il se tourne vers une peinture réaliste en partant d’images empruntées à des journaux et des magazines ; tout d’abord des portraits de célébrités, puis des peintures à images multiples sur fond blanc, avant de retourner aux images uniques en 1968, images représentant des œuvres d’art anciennes puis de faire ses propres photographies pour construire ses œuvres. En 1980, à la suite de la mort de son fils et de son divorce, il s’intéresse au bouddhisme, se remarie et part vivre dans le sud de la France où il réside toujours, très éloigné du monde de l’art, retrouvant, là, le plaisir qu’il avait de la peinture, enfant, sans plus se soucier de sa carrière. Depuis, ses sujets sont principalement des vues de son jardin, mais il y a également des figures – celle de sa femme Lannis –, des représentations d’étangs poissonneux ou des coquillages… peints principalement à l’aquarelle – il a abandonné la peinture à l’huile dans les années 1980 – par rétroprojection de photographies. La peinture acquise par le FRAC Auvergne est, par sa date et sa technique, une peinture qui témoigne d’un moment charnière dans l’œuvre de l’artiste. Elle s’inscrit, par sa technique, dans l’héritage des peintures des années 1970 avant le passage à l’aquarelle comme technique privilégiée.

Si le thème des nénuphars a déjà été traité par Joseph Raffael en 1975 et 1978 – et sera repris des années 1980 aux années 2000 – cette peinture est une des plus complexes consacrée à ce sujet. Le point de vue en hauteur, dans une plongée très forte, comme le traitement vériste où chaque détail des feuilles, des bulles, des effets de la lumière sur l’eau est rendu avec une méticulosité clinique, finit par transformer ce qui est devenu, depuis Monet, un cliché de la peinture impressionniste, un motif bucolique et hédoniste en une peinture qui vire à l’abstraction – ce que ne sont pas, à ce point, les œuvres postérieures. Le travail d’après photographie permet d’ausculter le document pendant plusieurs mois, de rendre compte de ce que l’œil ne voit pas dans le spectacle réel pour le transformer en une expérience hallucinatoire – Joseph Raffael a fait l’expérience du L.S.D. – permettant de s’éloigner du motif originel. Comme l’affirmera Joseph Raffael plus tard, « les arbres sont là, mais tandis qu’on parle dans cette pièce, ils changent. La lumière, la forme, les couleurs. Quand vous aurez vu davantage de mes tableaux, vous constaterez que je peins des détails. Les images de fragments isolés sont des détails, tout comme les œuvres que je fais aujourd’hui. Par exemple, pour Wind Song, actuellement en cours, la photographie à partir de laquelle je travaille est en fait un détail d’une scène vue de la fenêtre, et la peinture elle-même est faite de milliers de détails. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de peindre quelque chose directement d’après nature. Je ne peins pas les arbres ; je peins un tableau. Si la vue à partir de laquelle je travaille était dans le lointain, comme ces arbres là-bas que l’on voit par la fenêtre, alors je peindrais les arbres en tant que sujet, mais le vrai sujet de ma peinture est la peinture. J’utilise les arbres, disons, comme une excuse pour construire un tableau. Je ne reproduis pas des scènes. Les peintures se créent elles-mêmes1. »

Espace afocal autant que dilaté, espace impossible dans une vibration constante où rien n’est en repos, Renascence (que l’on traduira plutôt par « renouveau » que par « renaissance »), impose l’idée que la nature, à condition qu’on la regarde sans l’usure de l’habitude, est une abstraction d’une étrangeté sidérante, mais, également, que la peinture, loin de reproduire cette étrangeté, produit une autre étrangeté, celle d’une fantasmagorie de surfaces, explosion alchimique de quelques taches colorées sur une surface blanche, évocation autant que surgissement, faisant écho à mais gardant toute sa singularité.

Éric Suchère

1- Entretien avec Jean-Claude Lebensztejn reproduit sur le site de l’artiste (https://josephraffael.com/library/interviews/interview_jcl_fr.php)