Gerald PETIT

Né en France en 1973 - Vit en France

Gerald Petit s’est longtemps dit peintre et photographe, menant de front les deux pratiques, les étayant l’une par l’autre. Confronté à la remise en cause de son activité de photographe par le développement de la photo sous ses formes mobiles, qui restreignent sa prétention à l’autorité artistique à mesure qu’elle est plus universellement répandue, et le partage immédiat de l’intime impliqué par ce développement, il a récemment recentré son travail sur une pratique de la peinture dont il se sert comme contrepoint à l’image photographique.
De même que la photographie, au moins à son origine, transformait une réalité colorée tridimensionnelle en une image noir et blanc, ses nouvelles peintures prennent le contrepied de ce processus, en superposant les couleurs jusqu’à ce qu’elles s’annulent pour rendre une impression de noir. Dans l’exposition, les grands formats évoquent le noir et blanc de la photographie, et donc sa nature indicielle, mais pourtant ces peintures ne sont composées qu’avec des couches de couleurs successives, formant au terme des paysages imaginaires qui ressemblent à des ciels. Dans ce processus, la peinture « absorbe » la photographie, non pas dans sa qualité de référent, mais dans sa chimie. Elle fabrique du noir et du blanc avec la couleur, là où la photographie fabriquait du noir et du blanc avec le prisme coloré. La peinture devient l’inversion du processus chimique de la photographie. L’une et l’autre révèlent, au sens chimique, des formes et des figures ; chaque couche de peinture agit comme un révélateur de la précédente, de façon analogue au processus photosensible. Le résultat, ce sont des ciels ou des paysages imaginaires qui sont entièrement composés, et non copiés, et des scènes peintes mais recadrées et incomplètes, où le sujet vient à manquer. Ce qui paraît être un ciel s’avère être une abstraction informe, et les fragments d’images qui émergent de l’obscurité ne nous disent rien de ce qui les a précédé ou de ce qui suivra. Les tableaux figurant des membres qui s’activent évoquent à première vue les études des peintres classiques. Et sa fascination pour certaines de ces études est effectivement bien réelle. Mais on sent bien que, plutôt qu’un travail préparatoire, il s’agit ici d’effacer, de retrancher quelque chose, plutôt que de poser les premiers traits. L’image émerge de l’obscurité – ce qui peut être compris comme une allégorie du rêve, du fantasmatique. La sensualité suggestive des sujets rejoint celle de la technique, qui elle aussi est une affaire de toucher.