Jean-Luc MYLAYNE

Né en France en 1946

Depuis la première photographie datée de juillet 1978, cela fait maintenant près de 35 ans que Jean-Luc Mylayne photographie exclusivement des oiseaux, des oiseaux partout dans le monde, dans tous les paysages possibles, urbains ou ruraux, par tous les temps, toutes les saisons et toutes les lumières… Si le catalogue de ces œuvres compte plus de 500 œuvres, c’est finalement assez peu en regard de ces 35 années de travail – à peine une quinzaine de photographies par an – car Jean-Luc Mylayne peut prendre un temps infini avant d’appuyer sur le déclencheur. Il faut d’abord que l’artiste ait vu quelque chose – appelons cela une scène – et qu’ensuite celle-ci se reproduise à l’identique – ou quasi – pour qu’il puisse la photographier. La lumière doit donc être similaire à la scène primitive et l’oiseau – ou les oiseaux – doivent passer ou se placer à un endroit précis. Alors la photographie peut être prise. Le premier travail de Jean-Luc Mylayne est donc l’affût, l’attente d’une situation optimale qui peut durer plusieurs semaines, plusieurs mois, voire plusieurs années.

Cette attente du bon moment, de la bonne prise est à la fois consubstantielle à la photographie – puisqu’il s’agit de saisir un fragment de temps – en même temps qu’elle est assez étrangère à l’art du photographe puisqu’en général les photographes multiplient les prises pour faire une sélection après coup comme si la prise photographique était un aveuglement – ce qu’elle est avec un reflex puisque le miroir se relève au moment du déclenchement et obture la vue de celui qui vise. Dans le cas de Jean-Luc Mylayne, la décision du déclenchement d’une seule prise, de la prise de l’image juste, de la saisie parfaite de l’instant est métaphorisée par l’oiseau, par sa vélocité ou le caractère impromptu de son apparition ou de sa disparition. Si Jean-Luc Mylayne s’intéresse aux oiseaux, aux plus communs comme aux plus rares, il n’est pas un artiste ornithologue, l’oiseau est le sens de sa photographie, du temps passé à attendre, du temps du déclenchement, et de cet après qui voit s’évanouir ce qui a été à peine saisi.

Mais l’oiseau est aussi une présence discrète dans le paysage. Dans le fouillis des buissons et taillis ou dans l’ombre des granges ou des branchages, il faut être attentif pour le saisir, scruter le paysage, focaliser et dé-focaliser constamment. C’est ce que la photographie de Jean-Luc Mylayne saisit grâce à une optique permettant d’obtenir, dans la même photographie, une alternance et une succession de plans flous et nets, de découper des séries de plans dans la totalité de l’espace, d’opérer des jonctions entre des points pourtant éloignés et la photographie de Jean-Luc Mylayne renvoie le spectateur à cet acuité dans la vision. Il faut parfois que celui-ci cherche pour voir l’oiseau, non dans le simple jeu d’une énigme cachée dans l’image, mais dans l’exercice plus captivant qui consiste à balayer la surface du monde pour saisir des rapports entre les choses, à apprendre à regarder au lieu de voir pour reprendre le mot de Condillac, c’est-à-dire passer de l’instantané de la vision au retard d’une construction intellectuelle et intelligente du visible.

Et cet apprentissage constitue, en un même temps, un acte éthique et et politique car, comme le rappelle Jean-Luc Mylayne dans un de ses rares textes, « les oiseaux sont à l’évidence un des faibles signaux intuitifs fulgurants de la beauté hors de la tuerie1. » Le signal est faible mais Jean-Luc Mylayne l’amplifie pour nous.

Eric Suchère
1 Jean-Luc Mylayne, « À Mylène, 1992 », dans Jean-Luc Mylayne tête d’or, Lyon et Milan, Musée d’art contemporain de Lyon et 5 continents éditions, cat. exp., p. 91