Raymond HAINS

Né en France en 1926 - Décédé en 2005

Aux Beaux-Arts de Rennes, Raymond Hains ne fait qu’un bref passage, le temps de se lier avec Jacques de la Villeglé. Ayant intégré le service photographique de la revue France-Illustration, il approfondit sa passion pour la photo en réalisant des clichés abstraits à l’aide de plaques de verre tramé ou cannelé placées devant son objectif. Après une première exposition de ces « photos hypnagogiques » (du nom d’un objectif à verre cannelé de son invention) il tourne quelques courts métrages sur le cadre citadin, où déjà apparaît son intérêt pour les affiches et les palissades. C’est en 1949, lors d’une prise de vue, qu’avec Villeglé il arrache des affiches lacérées, s’appropriant ainsi à pleine main un « mille-feuilles » culturel où se superposent ironie, coïncidences, textes et images. Parlant de ces affiches arrachées, Hains explique « Mes œuvres existaient avant moi, mais on ne les voyait pas car elles crevaient les yeux ».
En 1950, il commence un film abstrait en couleur en utilisant une caméra à objectif en verre cannelé. Ce film, intitulé postérieurement Pénélope, ne sera jamais terminé, mais Hains est fasciné par les déformations graphiques des textes typographiques obtenus avec l’utilisation d’objectifs cannelés. A la suite de cette découverte, il invente avec Villeglé le concept « d’ultra-lettres » et crée des « textes éclatés », notamment à partir d’un poème phonétique de Camille Bryen, Hépérile, transposé en « Hépérile éclaté ».
Il y a toujours dans sa recherche un désir de voir ce qui l’entoure de multiples façons, cela s’applique aux objets, aux images, mais aussi au langage. Hains joue ironiquement avec les mots, il jongle avec les analogies de sonorité ou de sens. La critique découvre ce discours « hainsien » lors du vernissage de la première Biennale de Paris en 1959, où il expose une véritable palissade : La Palissade des emplacements réservés. En 1960, il signe la déclaration constitutive du Nouveau Réalisme : « Les Nouveaux Réalistes ont pris conscience de leur singularité collective. Nouveau Réalisme = nouvelles approches perspectives du réel. »
D’une façon de plus en plus évidente, Hains met en pratique le précepte des Nouveaux Réalistes en jouant sur les rapports entre la réalité et son interprétation ; ainsi à la suite de la Palissade aux emplacements réservés, il expose une photo de l’entremet « La Palissade », auquel il substitue bientôt un véritable gâteau qu’il proposera aux visiteurs du festival du Nouveau Réalisme. Il y a toujours une continuité dans son travail ; une proposition en amène une autre par analogie.
Chaque exposition, chaque invitation, est pour Hains l’occasion de combiner des noms, des images, des mots, qu’il rapproche et juxtapose. L’ensemble obtenu fait mouche, car il emploie des éléments familiers, mais ceux-ci sont assemblés selon une logique créatrice qui les amène littéralement à se dépasser et les charge de sens nouveaux.

En 1958, Hains découvre dans un dépôt, un stock de supports d’affiches. Il en présente quelques exemplaires trois ans plus tard, lors d’une exposition collective des Nouveaux Réalistes ; celui-ci n’est pour l’essentiel, ni plus ni moins significatif que n’importe lequel d’entre eux. L’appropriation pure et simple de ces tôles, semble tributaire des « ready-made » de Duchamp, mais il faut alors considérer qu’à la différence de ces derniers, choisis parmi des objets manufacturés en série et indistincts, les tôles de Hains sont chacune différentes les unes des autres et témoignent d’une succession de gestes anonymes : collages, décollages, grattages, dont elles sont l’image finale. Leur apparence, où l’association de fragments presque incohérents d’origines diverses semble mettre en évidence l’éclatement du sens, les rapproche également de certains collages dadaïstes. Cependant, tout les en distingue quant aux conditions de leur production, ces collages étant une image métaphorique ou symbolique, construite à partir d’une réflexion, tandis qu’une tôle « de Hains » est le fruit d’une série d’évènements objectivement passés.
Il ne faut pas pour autant négliger la dimension artistique indiscutablement présente dans ces œuvres qui soulignent la beauté anonyme des rues. La présence de la tôle galvanisée introduit plastiquement un élément nouveau par rapport aux affiches décollées ; Hains reconnaît se rapprocher de la peinture informelle. Mais cet aveu ne suffit pas à en déduire l’originalité : alors que la peinture régnait en maîtresse sur les Beaux-Arts, l’affiche lacérée lui a ravi ici le privilège de l’expression abstraite, sans rien lui concéder de force ou d’expressivité.