Philippe DURAND

Né en France en 1963 - Vit en France

En travaillant à partir du procédé de la double exposition pour la série Ménilmontant, Philippe Durand réintroduit la possibilité d’une perception polysémique du réel. Regroupant douze tirages réalisés pour son exposition personnelle à la galerie Laurent Godin, l’ensemble résulte d’une pratique quotidienne de déambulation dans l’espace urbain menée entre 2013 et 2014. Dans ce quartier de l’est parisien qu’habite l’artiste, celui-ci prélève de manière intuitive certains fragments de réel jusqu’à constituer un répertoire de motifs. Récurrents, les phares de voitures et les végétaux s’hybrident à d’autres signes plus ponctuels : des palimpsestes de peinture industrielle, de menus graffitis, des éléments architecturaux en déshérence ou d’inqualifiables déchets. Aux familiers de l’œuvre de l’artiste, l’énumération rappelle un vocabulaire qui, dans les années 1990 déjà, constituait d’autres ensembles et traçaient d’autres phrases. A l’image des portraits de ville qu’esquissait l’artiste à travers ces mêmes signes visuels sans qualité, à la fois éternels et contextuels, anecdotiques et intimes, glanés à Barcelone, Bruxelles, Odessa, Cahors, Los Angeles ou Nice ; ou encore du relevé des surfaces d’interstices semi-urbains, sylvestres ou rupestres dont la minutie ne manque jamais de basculer dans la picturalité. Autant de sites où la juxtaposition dénoue toute tentation de cartographie, dissolvant le territoire dans la navigation aléatoire. Ce principe d’une dérive retrouvée, Ménilmontant en radicalise le principe. A la simple juxtaposition des clichés sur un mur ou au fil d’une page, Philippe Durand préfère ici la fusion et la confusion de la synthèse soustractive argentique. Illustration de l’image dialectique chère à Walter Benjamin, des éléments hétérogènes et des temporalités différentes sont mis en rapport et confrontés au sein d’une même image – c’est-à-dire d’un même espace-temps.

Ingrid Luquet-Gad