Marc DEVADE

Né en France en 1943 - Décédé en 1983

L’intention première de Marc Devade n’était pas de devenir peintre. S’il quitte Le Havre en 1962 pour s’installer à Paris, c’est pour suivre des études de philosophie. Son goût prononcé pour la poésie lui permet de rencontrer Marcelin Pleynet qui l’aide à publier ses premiers poèmes, mais lui fait aussi découvrir la peinture américaine contemporaine. Les œuvres de Noland, de Stella, mais aussi d’artistes de la génération précédente, comme Rothko et Newman, lui semblent explorer un espace nouveau tout en étant en contradiction avec les mouvements d’Abstraction et de Nouveau Réalisme occidentaux. Il se met à peindre (« il se sent peintre ») et sa pratique picturale va devenir le « laboratoire d’essai » de la démarche théorique qu’il mène parallèlement. Ses interrogations sur les rapports entre la pratique et la pensée, sur la modernité, l’amènent à se joindre au groupe Support/Surface avec lequel il expose à l’A.R.C. en 1970. Mais il reproche rapidement au mouvement d’axer trop exclusivement ses recherches sur la notion de matérialité de la peinture au détriment du pictural. Il veut rester un peintre de tableau ou, comme il le dit, un peintre « chromatique ». Aussi, souhaitant développer son point de vue ainsi qu’ouvrir un débat sur le statut de la peinture par rapport au champ politique et social, il fonde avec certains autres artistes de Support/Surface la revue Peinture, cahiers théoriques. Cette publication sera durant la période d’effervescence de la fin des années 60 le support de débats esthétiques et philosophique où Marc Devade prend souvent parti, notamment en faveur de la peinture chinoise : cette peinture est pour lui un modèle d’expression plastique où l’idée s’allie à la forme.
A partir de 1972, il utilise dans ses toiles certaines techniques de la peinture chinoise, en particulier l’encre de Chine, dans un désir de subversion de la peinture occidentale. Après 1979, sa redécouverte de la peinture flamande l’amènera à travailler à l’huile. Ses dernières toiles portent le titre d’ « Echos des lumières », d’après l’expression tirée d’un ouvrage de son ami Philippe Sollers. Marc Devade a toujours insisté dans ses écrits sur le côté biographique de sa peinture, dans le sens d’un engagement politique et social, et sur son attachement fondamental à une œuvre picturale qui dialogue constamment avec la théorie.

Sans titre date de la seconde période de l’artiste qui dure de 1972 à 1978, il prend en compte la peinture chinoise en utilisant l’encre de Chine mais il conserve la toile montée sur châssis de la peinture occidentale. Il n’utilise aucun pinceau ou brosse, mais travaille en faisant couler l’encre de chine ; ainsi à l’image de certains artistes américains, il désacralise le geste du peintre et établit une distance entre la toile et lui. Le choix du diptyque, comme une fenêtre, peut être ouvert ou fermé, fermé il ne donne plus à voir mais reste présent. La charnière centrale unit deux surfaces tout en constituant en même temps une séparation, une limite. La couleur a une profondeur qui lui est spécifique mais rejette toute figuration, elle n’est plus reproduction, mais production, présentation directe d’elle-même.