Christian BOLTANSKI

Né en France en 1944 – Vit en France

Christian Boltanski se reconnaît d’abord comme un parfait autodidacte. Pratiquant indifféremment la peinture, la vidéo, l’installation, il déploie ses recherches autour d’un axe autobiographique mêlant de fausses anecdotes à la véritable histoire de sa vie.
A partir de 1984, il s’attache à travailler autour du thème du théâtre d’ombres. Ombres, les bougies est une œuvre constituée de dix portants en fer blanc sur lesquels sont suspendues dix figurines dont l’ombre est projetée sur le mur par la lumière des dix bougies. Ces marionnettes, disposées à hauteur de regard, sont de petits démons de fil de fer, des silhouettes filiformes qui n’ont de présence que par la seule magie d’une petite bougie. Un souffle suffirait pour mettre un terme à leur existence. Mais l’ombre, ici, a plus d’épaisseur, de mystère, que le modèle.
Le spectateur pénètre dans l’obscurité, évoluant dès lors dans une atmosphère, plus épaisse, plus fragilisante. Avec Ombres, les bougies, Christian Boltanski renoue avec la forme la plus ancestrale de création artistique, celle du rituel magico-religieux. L’œuvre tient à la fois de la danse macabre et de la danse rituelle, axées sur l’omnipotence du royaume des ombres. Cette œuvre n’est pas non plus sans rappeler le mythe de la caverne décrit par Platon lorsqu’il aborde les sujets de la réalité, de la vérité, de la multiplicité des points de vues et de la croyance. Les Ombres de Christian Boltanski ont la douceur triste des fêtes qui s’achèvent, des théâtres d’ombre que l’on démonte, la sourde violence aussi des souvenirs qui s’éloignent. Tout comme les orateurs qui, au 17ème siècle, savaient mettre en scène la religion, Boltanski bâtit un petit théâtre de la mort et des revenants. Il manipule en magicien malicieux nos rituels dérisoires contre l’oubli avec une pauvreté de moyens très sanctifiante.
« Mon art est en quelque sorte un art de survie, l’art des vaincus qui essayent de sauver quelques bribes de leur vie, de se fabriquer des petites marionnettes ou des grigris qu’on cache avec soi » (Christian Boltanski, entretien avec Elisabeth Lebovici, Beaux-Arts Magazine, n°37, juillet 1986)